jeudi 22 mars 2018

Plus ça change, plus c'est pareil

C'était une belle journée du mois de mars. Le soleil se faisait plus fort, le ciel plus bleu, la neige commençait à fondre dans les rues et les oiseaux s'étaient mis à chanter, promesse d'un printemps qui tarde à venir.

À l'approche du printemps, comme tous les animaux, je me réveille d'un long sommeil. Mes sens s'aiguisent, mon coeur s'échauffe et j'ai envie d'avaler l'air à pleins poumons.

Je décide donc de me rendre en ville à pied. Mon sac bien en place sur mon épaule, la tête haute et le sourire aux lèvres, je marche d'un bon pas, admirant les beautés de la nature qui s'éveille autour de moi. Les gens me semblent plus souriants, des éclats et des rires me parviennent, les oiseaux gazouillent dans les arbres, la glace se retire lentement du fleuve... Ah que j'ai hâte que le printemps s'installe ! Finis les tuques, les mitaines et les foulards, finies les soutes qui prennent une éternité à mettre, finies les trois couches de vêtements pour ne pas avoir froid ! Et bonjour, les vestes en jean ou en cuir, les espadrilles qui foulent le gazon (et, parfois, il faut bien l'avouer, les flaques de boue), les fenêtres qui s'ouvrent, le linge qui se balance sur les cordes ! Bonjour les enfants qui jouent dans les parcs, les ados qui longent les rampes avec leur planche à roulette ou les motos qui pétaradent dans les rues ! Bonjour les terrasses bondées, les journées qui s'étirent et les jupes et t-shirts !

J'en étais là de mes réflexions, traversant les rues et les viaducs en saluant les gens, m'émerveillant de ce changement de saison, quand j'arrive enfin à destination. Je file aux toilettes me changer et qu'est-ce que je vois ? Là, sur mon pantalon doublé, en plein milieu de mon derrière, se trouve un trou d'environ 5 centimètres de long qui semble vouloir prendre de l'expansion. Non ! Je n'ai pas traversé toute la ville et vu tous ces gens avec cette béance sur mon derrière !

*
Ça me fait penser à cette autre fois, cette semaine-là, où j'ai vu la travailleuse sociale de mon fils (vous devez bien vous douter qu'avec une mère TDAH, la progéniture en garde des séquelles!). Elle me demande si j'ai fait mes devoirs (des trucs que je dois mettre en place pour que l'éducation de Will s'améliore). Et là, je la regarde, les yeux vides, la bouche ouverte, et lui demande :

- Quels devoirs ?
- Vous ne vous rappelez pas ?
- Euh... non.

Plus ça change, plus c'est pareil !


samedi 13 janvier 2018

Et si j'étais surdouée ?



Je n'y avais jamais pensé auparavant. Je ne m'étais même jamais posé la question : et si j'étais une surdouée, une zèbre ou une HP (haut potentiel) ? À l'école, mes résultats scolaires variaient considérablement. D'un cours à l'autre, d'un prof à l'autre, d'une année à l'autre. De sorte que je pouvais avoir 95% dans certaines matières, mais atteindre à peine la note de passage dans d'autres. Lors de sports d'équipe, je ne comprenais pas les consignes. Quand quelqu'un faisait une blague, je ne la saisissais pas. Ou si je la saisissais, je ne comprenais pas pourquoi les gens riaient. J'avais de la difficulté à accomplir des tâches simples mais en même temps, je n'avais pas de mal à philosopher ou à élaborer des théories sur l'origine de la vie. Tout au plus, je m'étais dit que j'étais intelligente. Et au pire, une imbécile. Comment en serait-il autrement quand vous avez passé votre vie à vous sentir différente des autres, à vous sentir décalée par rapport à eux, à vous faire regarder d'une manière étrange ?

Mais récemment, je suis tombée sur une émission qui m'a fait douter:

https://www.youtube.com/watch?v=DRb-Ye63WoY

Mais ce qui m'a vraiment, mais vraiment fait douter sur la question sont les vidéos d'une Psy à la Maison (spécialisée en douance et perversion narcissique), en particulier celle-ci :

https://www.youtube.com/watch?v=j5ynQL6oxMo

Moi qui croyais que ce n'était qu'une question de QI, je m'étais royalement fourvoyée. Plus qu'être intelligent, être surdoué est un état d'être, une manière de penser, de ressentir et de comprendre le monde. Pour plus d'info sur la douance :

http://www.tdahmonteregie.com/services-enfant-a-adulte/douance

Me suis alors remémorée mon enfance, pendant laquelle je préférais la compagnie des adultes à celle des enfants parce que je les trouvais plus intéressants, mon ennui à l'école, parce que j'avais tout de suite compris une notion que mon professeur passait 30 minutes à expliquer. Mon penchant pour la création d'histoires plutôt que les jeux avec les autres. Mon imagination très fertile et mon riche monde intérieur. Mes multiples questions existentielles (que je me pose toujours d'ailleurs) et les commentaires de mes enseignants : "elle est distraite mais intelligente", "elle est très curieuse, très chercheuse"... L'impression de pas être comprise ni acceptée, d'être en décalage par rapport aux jeunes de mon âge. D'être capable de lire les gens et de les percer à jour. Ma trop grande honnêteté et mon incapacité à supporter l'hypocrisie et l'injustice. Mon manque d'habiletés sociales et mes difficultés à gérer mes émotions lorsqu'elles étaient trop fortes. Mon besoin de stimulation, sinon, je déprimais, faisais le bouffon ou semais la pagaille... Mon immense besoin de liberté et de créer, mon cerveau en constante ébullition, ma capacité à voir hors du cadre et l'ensemble d'une situation... Mais en même temps, aussi, mon perfectionnisme et mon très grand besoin de solitude... Mon impossibilité à entrer dans un moule, quel qu'il soit, et à comprendre et à suivre les codes sociaux...

Selon ce que j'ai lu, quelqu'un qui ne réussit pas bien à l'école peut être surdoué. Quelqu'un qui est dyslexique ou dyspraxique aussi. Quelqu'un qui a des problèmes de comportement également. Car l'école a été conçue dans un seul et même moule, qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, encore moins à des gens dont le cerveau fonctionne différemment comme celui des surdoués... qui voient tout de suite que l'école, eh bien, ça ne sert pas dans la vie... Du moins, pas vraiment.

L'école devrait tenir compte de ces différences, et l'adapter selon les profils.

On dit d'ailleurs que douance et TDAH sont intimement liés, même si les scientifiques ne comprennent pas encore vraiment pourquoi...

La question que je me pose est donc : suis-je surdouée ? Et j'aime à croire que oui. J'aime à croire, non pas que je sois plus intelligente que les autres, mais que je vois, ressens et comprends le monde d'une toute autre manière, une manière qui m'est propre, et que même si cette manière dérange les gens eh bien, c'est la mienne, c'est celle qui me définit, qui définit qui je suis, et j'ai envie de l'accepter. Oui, j'ai envie de m'accepter comme je suis, avec mes différences de pensée, de perception et de réaction. Avec ma différence de voir le monde.

Pour 2018, c'est ce que je me souhaite :  m'accepter comme je suis. Et c'est ce que je vous souhaite également.

Et je crois que les spécialistes devraient faire davantage de recherche sur le sujet car si je me pose cette question, c'est que d'autres personnes, et en particulier les adultes TDAH, doivent aussi se la poser...


mardi 9 mai 2017

Quelle mal élevée je fais !



Parfois, la distraction peut nous faire passer pour une personne mal élevée.

Prenez la semaine passée, par exemple.

Je vais au centre commercial pour prendre rendez-vous au salon de coiffure et j'en obtiens un pour 10h30 (il est 10h alors c'est plutôt pas mal).

En attendant, je vais me chercher un café dans mon casse-croûte préféré. Je vais m'assoir à l'une des tables placées à côté, et j'aperçois le préposé au comptoir assis à quelques tables de moi, en face, le journal ouvert devant lui. Je farfouille dans mon sac à main... pour réaliser que je n'ai rien à lire !!! Et il me reste une demi-heure à attendre ! Au secours ! Je suis là, mon gobelet de café bien chaud entre les mains, assise sur le bout de mon banc (je m'assois toujours sur le bout, ne me demandez pas pourquoi, peut-être pour pouvoir partir plus vite), en train d'observer les gens qui circulent autour de moi (un passe-temps que j'adore et qui me permet de tirer la matière de mes prochaines histoires puisque j'ai toujours plein d'idées d'histoires en tête). Une minute, ça fait. Deux, passe encore. Mais au bout de cinq, je suis carrément sur le bord de la crise de nerfs (je sais, j'ai un fichu caractère) !

Oh ! développement ! Le gars au journal se lève ! « Il retourne sûrement travailler », que je me dis. Alors j'en profite pour lui lancer, en pointant le journal devant lui :

- As-tu fini ?
- Non, me répond t-il sérieusement en secouant la tête. Je reviens.
- OK.

En effet, quelques secondes plus tard, il réapparaît.

Après ce qui me paraît une éternité à observer les faits et gestes de tout le monde, je le vois se relever. Nos regards se croisent et il me dit, journal en main :

- Tu le veux ?

Si je le veux ?!!! Si je le veux ?!!! C'est comme si je venais de recevoir une demande en mariage !

- Merci, que je lui dis en souriant.
- De rien.

Je l'ouvre à la page des jeux et j'entreprends les mots débrouillés (j'ai toujours besoin de me stimuler le cerveau).

Ce n'est pas la première fois que je vois le préposé. En fait, quand je vais à son casse-croûte, c'est souvent lui qui me sert. Plein de charme et sûr de lui, il a le don de me mettre à l'aise et a toujours un mot gentil.

C'est pourquoi, lorsque je me lève et m'apprête à quitter l'aire de restauration, quelques minutes plus tard, je suis surprise par son ton sec et son air sévère quand il s'amène vers moi :

- Tu me redonnes le journal ?

Je constate que ce dernier repose sur la table, ouvert à la page des jeux, que j'ai partiellement entachée avec l'encre de mon stylo :

- Ah oui, t'as juste à le prendre, que je lui réponds distraitement en m'en allant.
- Ben oui, c'est ça, que je l'entends marmonner entre ses dents.

 « Mais qu'est-ce qui lui prend, aujourd'hui ? que je pense. Il est donc ben bête ! »

Ce n'est qu'une fois rendue au salon de coiffure, en me remémorant les événements, que je réalise ma double erreur : non seulement j'ai écrit dans son journal, mais j'étais aussi sur le point de partir sans le lui remettre !

Mais quelle mal élevée je fais !

mercredi 1 mars 2017

Avoir l'air stupide... même sur un bateau !

On peut avoir l'air stupide partout... même sur un bateau !

Prenez hier, par exemple.

Je reviens de Québec et je monte sur le traversier pour me rendre à Lévis. Comme le bateau part à toutes les demi-heures, je coure dans les escaliers pour ne pas le manquer. Encore beau que je ne me sois pas enfarger dans les marches !

Une fois rendue dans le couloir qui mène au guichet (vous savez, celui où il y a un homme bête et grisonnant assis derrière un comptoir vitré), je me dirige vers les deux portes coulissantes... fermées. Je reste là, immobile, à les fixer pendant plusieurs secondes (je m'imagine sûrement qu'elles finiront par s'ouvrir par la seule force de ma pensée...).

- Voyons ! Pourquoi elles ne s'ouvrent pas ! que je grogne entre mes dents. La panique est en train de me gagner : et si le bateau avait cessé ses activités pour la soirée ? Après tout, il est 11h du soir !

Je lève la tête et croise le regard de l'homme derrière le comptoir, qui me regarde en secouant et en se grattant la tête.

« Mais qu'est-ce qu'il a à me regarder de même ! » que je me demande, agacée.

C'est alors que je remarque un écriteau fixé sur les portes : « Réservé aux sorties seulement ». Je ne sais pas pourquoi mais je pense : « ben oui, c'est ça, je sors de la traverse. Alors pourquoi elles ne s'ouvrent pas ?  ».

Et là, dans un éclair de lucidité, je viens de comprendre : ces portes sont destinées aux gens qui sortent du bateau ! Pas à ceux qui y embarquent !

Je sors de ma torpeur et coure vers l'homme derrière le comptoir, honteuse. Il pouvait bien secouer la tête en se la grattant ! Quelle nouille je fais !

Mais ma stupidité ne s'arrête pas là ! Oh que non !

Une fois sur le bateau, j'entre à l'abri et vais me poster à une fenêtre pour admirer la magnifique vue qu'offre la rive de Québec le soir. Les dizaines de lumières, les panneaux lumineux et surtout, le château Frontenac, m'hypnotisent. Puis, mes yeux se posent sur les blocs de glaces de différentes formes et grosseurs qui tapissent le fleuve que le brise-glace a laissés dans son sillage.
« Comme c'est beau ! que je me dis. C'est la première fois que je prends le bateau un soir d'hiver et c'est tout simplement magique ! Encore plus que l'été ! »

Tout à coup, un gros « boum » retentit mais l'eau continue de tourbillonner à mes pieds et les morceaux de glace, à dériver. La peur me prend : et si on avait percuté un iceberg, comme dans Titanic ? L'eau doit être d'un froid sibérien là-dessous ! Comment vais-je tenir le coup aussi longtemps que Jack et Rose ? (Je me souviens encore des noms des personnages principaux, signe que ce film m'a marqué. D'ailleurs, c'était vraiment un bon film très bien fait, avec une belle histoire d'amour comme je les aime entre deux êtres que tout sépare mais qui finissent par se retrouver dans l'éternité et qui reproduit efficacement l'Angleterre du début du 20e siècle avec ses différentes classes sociales et... Mais attendez ! Je suis en train de faire une critique de cinéma, là! Alors revenons à nos moutons !) Mon imagination s'emballe, donc, comme toutes les fois où j'ai peur. Je m'imagine en train d'agripper un iceberg et de m'y hisser, attendre qu'on vienne me secourir, bleue et tremblante, tandis que le sang se retire de mes mains et de mes pieds. Finalement, je meurs de froid et glisse vers le fond, où un navire retrouvera mon corps des années plus tard. Bon, je sais, c'est morbide, mais c'est le genre de pensées qui me traversent parfois l'esprit...

Je regarde autour de moi : pas de cris de panique, pas de gens qui se ruent à l'extérieur à la recherche de canots de sauvetage, c'est bon signe. J'en vois même debout sur le pont, qui semblent admirer la vue. Bah, ça ne doit pas être si grave que ça.

Soudain, la porte s'ouvre. Ça y est, c'est le capitaine qui vient m'avertir qu'il faut embarquer dans les canots ou m'ordonner de sauter à l'eau parce que son bateau a percuté un obstacle et que l'eau s'engouffre. Je tourne la tête : mais non, ce n'est que le concierge qui entre avec sa moppe et son seau d'eau pour laver le plancher.

Il me regarde d'un air curieux. « Ben voyons ! Qu'est-ce qu'ils ont tous à me dévisager comme si j'étais une extra-terrestre ? »

Je baisse la tête vers les eaux et les voient encore remuer : on ne doit pas être arrivé. Je reporte mon attention sur la rive opposée, avec ses magnificences. Parfois, je croise le regard du concierge dans la vitre, qui s'affaire derrière moi. Décidément, il a l'air de me trouver bizarre !

Des gens entrent dans l'abri. Des nouveaux. Que je n'ai pas vus.

Encore une fois, je suis frappée par un éclair : et si on était arrivé ? Et si le tourbillonnement de l'eau et la dérive des glaces n'étaient pas un signe de mouvement ?

Je lève la tête, paniquée, et me rue vers la sortie. Je presse le bouton qui fait ouvrir la porte et je vois la passerelle déployée devant moi. Oh mon Dieu ! Le bateau est arrêté ! Mais depuis combien de temps ?


dimanche 8 janvier 2017

J'ai oublié de prendre mon Nest Café ce matin...



Même si je gère de mieux en mieux mon déficit de l'attention, je suis encore - hélas ! - distraite. Et quand ça m'arrive en public, j'en suis toute honteuse. C'est pourquoi, pour dédramatiser un peu, j'ai  trouvé une phrase passe-partout qui me fait paraître un peu moins tête en l'air :
« j'ai oublié de prendre mon Nest Café ce matin».

Tenez, prenez l'autre jour, par exemple.

Je vais au Subway, pour ne pas le nommer (ben quoi, c'est dans mes moyens alors pourquoi ne pas y aller ?), et je commande un café (ah ! ce cher café ! Que deviendrais-je sans lui ?). La préposée me dit le prix, (même si j'y vais régulièrement, je l'oublie toujours, ce maudit prix! Alors elle doit me le rappeler sans cesse) et je paie. Mais évidemment, c'est après avoir payé que je me rends compte que j'ai une carte-café toute poinçonnée, ce qui fait que si j'avais pensé à cette maudite carte plus tôt, le café ne m'aurait rien coûté (j'essaie toujours d'économiser le plus possible, surtout que je ne roule par sur l'or). Alors je la sors et dis :

- Oups ! Je viens de me rendre compte que j'ai une carte toute poinçonnée.
- C'est pas grave, vous n'aurez qu'à l'utiliser la prochaine fois (pourquoi ne me rembourse-t-elle pas et ne me donne-t-elle pas mon maudit café gratuit tout de suite ? Je me suis toujours posée la question sans jamais avoir eu le guts de la lui poser).
- OK, que je réponds, embarrassée.

Je remets ma carte à moitié utilisée dans mon portefeuille, prends mon verre à café et vais le remplir.

- Heu... vous avez oublié de reprendre votre carte (comprendre la toute poinçonnée)

Je sursaute et la regarde, les yeux vides.

- Vous en aurez besoin la prochaine fois, pour avoir votre café gratuit, m'explique-t-elle, comme à une enfant.

- Ah... oui... Désolée... j'ai oublié de prendre mon Nest Café ce matin...

Elle sourit. 

***

Dans l'après-midi, je vais porter un formulaire au bureau de poste. Pour le gouvernement. C'est urgent. (Tout ce que le gouvernement m'envoie est urgent. Ils me l'ont envoyé le 2 pour que je le leur renvoie avant le 6. Wow. En plein dans le temps du jour de l'An. Et si j'avais eu plein de partys durant cette période, hein ? Je l'aurais oublié ? Et après, ils m'auraient harcelé ? Pas fou, comme idée, hein ?  Heureusement, j'ai eu une période des Fêtes tranquille.) Dès que je l'avais reçu, je l'avais rempli et y avais inscrit mon nom et mon adresse sur les lignes. Et comme il y avait une forme carrée pour le timbre et que je n'en avais pas en ma possession (faut dire que je n'ai pas regardé mais bon, ça, c'est une autre histoire...), direction, bureau de poste.

Une fois là-bas, une femme à l'air de bœuf m'accueille. Bon ! Ça commence bien ! Pis là, elle regarde l'enveloppe que j'ai posée sur le comptoir. Elle lève la tête et dit :

- Vous n'avez pas mis l'adresse de destination au centre.
- Je sais, mais il y avait seulement un encadré transparent avec l'enveloppe de retour...

Elle soupire bruyamment, ouvre l'enveloppe d'une main brusque, tourne le formulaire dans tous les sens, et constate la même chose que moi.

- On va mettre une étiquette et écrire l'adresse dessus.
- OK.
- Et là, vous avez inscrit l'adresse du destinataire, alors que c'est votre propre adresse qui devrait y être.

Elle me dévisage d'un air bizarre.

Je regarde les lignes que j'avais remplies, dans le coin supérieur gauche. Je réalise, en effet, qu'elles contiennent non pas ma propre adresse, comme c'est l'usage, mais celle de l'organisme gouvernemental. Mais pourquoi j'ai fait ça ?!

Je lève la tête et dis :

- Oups ! J'ai oublié de prendre mon Nest Café ce matin.

Comme la préposée du Subway, elle sourit.

Ouf ! Une chance que je l'ai, cette phrase-là !

mardi 20 décembre 2016

Miss Organisation


Je sais, j'ai encore l'air d'être désorganisée, mais quand je regarde en arrière, je réalise tout le chemin parcouru. En fait, on pourrait maintenant m'appeler Miss Organisation.

En effet, quand je reçois du courrier, je m'empresse de le placer au bon endroit. Je jette le vieux et le remplace par le nouveau. Je paie immédiatement mes comptes. Je signe tous les formulaires (et Dieu sait qu'il y en a lorsqu'on est parent d'un enfant d'âge scolaire ! Signe pour tel travail, pour telle évaluation, pour telle permission de sortie, pour la participation à tel événement, pour qu'il puisse respirer, péter, se gratter, s'habiller... ça ne finit plus!) Je fais des piles pour les vêtements qui ne font plus : une pour la friperie et une autre pour la poubelle.

J'inscris au calendrier et un peu partout dans la maison les multiples rendez-vous que mon rôle de parent amène (médecin, dentiste, psychologue, coiffeuse, parent-prof, vaccination... ) en plus des miens : médecin, dentiste, coiffeuse, garage-entretien, garage-réparations, garage-pose de pneus, garage-achat (maudit que ça coûte cher, un char!), entrevue d'embauche, rendez-vous galants (quoique dans mon cas, c'est plutôt rare...), psychologue/travailleur social/thérapeute/psychothérapeute/psychanalyste (appelez-le comme vous voulez, bref, il faut bien ventiler), sans compter les nombreuses choses à faire : épicerie, achat de vêtements, d'articles scolaires, de médicaments, spectacle de musique de Will, passer du temps avec Will, finir mon livre, retour de livre, avancer mon blogue, apprendre mon anglais, transferts, paiements de factures et dépôts bancaires... Je note absolument tout !

Je pars 30 minutes d'avance pour être sûre d'arriver à l'heure à mes rendez-vous (parce que je sais qu'en chemin, je vais me pencher pour ramasser toutes les choses qui traînent et que je vois du coin de l'œil, que je vais arrêter dans le miroir pour me recoiffer ou me remaquiller ou aux toilettes pour la énième fois (je ne sais pas pourquoi j'y vais quand je viens d'y aller mais bon, c'est peut-être un signe d'Alzheimer...).

Je jette les choses au fur et à mesure : reçus, papiers de bonbon, mouchoirs, brouillons, courriels (surtout ceux qui viennent d'Afrique et qui m'annoncent qu'une vieille tante vient de me léguer 1 000 000 $ même si je n'ai AUCUNE vieille tante qui vit en Afrique) indésirables. Je m'abonne le moins possible aux publications car quand je commence ça, je suis ensuite bombardée d'une tonne de pubs : sites de rencontres, Viagra (même si je n'en ai pas besoin. Premièrement, je ne suis pas un homme, comme vous devez vous en douter, et deuxièmement, c'est la calme plat de ce côté-là), Nasonex, vêtements, abris d'auto, antiseptiques, organismes de charité, sirops, vestons pour hommes (ils doivent me prendre pour l'autre sexe), placements bancaires, articles de cuisine (même si je ne cuisine jamais. Non, moi, je ne jure que par le préparé d'avance même si ce n'est pas bon pour la santé mais j'essaie de m'améliorer), échantillons de dentifrices, de parfums (même si je ne me parfume jamais, je préfère la fragrance Senteur Naturelle)...

Et j'ai pour règle d'or de TOUJOURS, TOUJOURS, TOUJOURS mettre mes choses bien en vue à la même place à chaque jour. Si je ne suis pas cette règle, je suis FOUTUE.

Et mon nouveau mantra (je ne sais pas pourquoi je dis « nouveau » puisque je n'en ai jamais eu...) : CE QUE JE NE VOIS PAS N'EXISTE PAS.

lundi 19 décembre 2016

Mais où j'ai mis mon ticket ?!!!

Bien que je me sois beaucoup améliorée dans l'art de gérer la paperasse, j'ai encore du chemin à faire.

Prenez ce matin, par exemple.

Je vais à l'hôpital avec Will parce que sa toux n'arrête pas d'empirer, malgré les multiples antibiotiques, pompes et eaux salines que je lui injecte depuis 1 mois et demie. Je n'adhère pas à la théorie des médecins, comme quoi ce n'est qu'un vieux rhume qu'il traîne. Moi, dans ma tête, un rhume, ça dure deux semaines. Si ça traîne, c'est parce qu'il y a anguille sous roche. Et ce matin, je suis vraiment déterminée à l'attraper, cette maudite anguille !

Je vais donc à l'hôpital avec sacoche, DS, jeux et bouteille d'eau, mes indispensables.

 Arrivée dans le stationnement, j'appuie sur le fameux bouton de la barrière, vous savez, celui qui est toujours trop loin pour notre bras trop court et qui nous oblige à sortir de la voiture pour réussir à appuyer dessus. Ce jour-là, la chance doit être de mon bord parce que je réussis à l'atteindre du premier coup. Youpi ! Je mets mon ticket dans le porte-bouteille et vais me stationner. Puis, je le fourre dans une poche de mon jeans et m'assure que j'ai mes indispensables (incluant Will, bien sûr!) avant de me diriger vers l'accueil.

Rendue dans l'entrée, j'apprends qu'en plus du traditionnel lavage des mains et du masque qu'il faut porter, il faut maintenant passer le dessous de nos bottes sur une machine nettoyante. La belle affaire! Moi et Will, on tente de garder notre équilibre tout en prenant la pose du pélican...

Ensuite, on entre dans l'hôpital et j'appuie sur un écran pour avoir mon billet de triage. On va s'asseoir et on enlève sacoche, tuques, manteaux, cache-cou, mitaines (ah ! les joies de l'hiver!), je sors le DS du sac et la bouteille d'eau de l'autre. Mais après seulement quelques secondes, on est appelé. Je ramasse en vitesse sacoche, tuques, manteaux, cache-cou, mitaines, DS et bouteille d'eau, les enfonce dans les manches des manteaux et on file vers la salle de triage. Le triage, c'est toujours rapide, que je dis à Will. C'est après que ça se corse... 

On n'a pas sitôt mis les pieds dans la salle que l'infirmière me demande notre billet et les cartes d'hôpital et d'assurance-maladie de Will. J'accroche nos manteaux sur le crochet de la porte, derrière moi, pose le sac à bouteille d'eau sur la table. Je sens son regard sur moi et me débats avec ma sacoche pour en extirper cartes et billet. Envoye! Grouille ! que je me dis à moi-même. La madame attend après toi ! Après plusieurs secondes de farfouillage, qui me semblent interminables, je les lui tends.

Puis, elle me demande ce qu'il se passe, prend la pression artérielle de Will, le fait monter sur une balance et lui insère un thermomètre dans le derrière. Il fait 38,2 de fièvre. (Moi, j'ai arrêté de la prendre parce que quand je le fais, le nombre affiché n'est jamais le même : 36,6, 37,1, 38,9, et de nouveau 36,6... C'est à devenir dingue ! Je ne dois pas avoir le tour...) Puis, elle me pose les sempiternelles questions: Depuis combien de temps votre fils a ces symptômes ? A-t-il des allergies? A-t-il déjà pris des pompes ? Y a-t-il certains médicaments qu'il ne peut pas tolérer? Très bien, allez vous inscrire et assoyez-vous dans la salle d'attente. 

Je ramasse mes affaires (j'en ai tellement que j'ai l'impression de transporter la maison au complet), on va au secrétariat pour s'inscrire et on va s'asseoir. J'empile ma sacoche et nos manteaux à côté de moi, ressors la bouteille d'eau et le DS et les tends à Will. Il les ouvre et se met à jouer. À ma grande surprise, le médecin nous appelle au bout de quelques minutes. Il faut dire qu'en ce lundi matin, il n'y a pas grand-monde... On remballe sacoche, DS, manteaux et bouteille d'eau. Direction : bureau du médecin.

On entre et je lui résume les six dernières semaines. Il écoute la respiration de Will au stéthoscope, examine sa bouche et ses oreilles et décide de lui faire passer une radiographie des poumons et des bronches. C'est pas trop tôt, que je pense. Il me tend une feuille bleue.

On va au département d'imagerie médicale, je leur remets la feuille et attends, Will pleurant à chaudes larmes à mes côtés. C'est que le médecin est allé un peu fort en examinant ses oreilles... Là encore, on ne nous fait pas attendre longtemps, ça doit être mon jour de chance, tout semble bien aller... Il passe sa radio et on va avertir la secrétaire. Elle nous dit de retourner nous asseoir.

Je remets ma sacoche, les manteaux et la bouteille d'eau à côté de moi, sors le DS et Will se re-remet à jouer. Puis, le médecin nous appelle encore une fois. On remballe sacoche, manteaux, DS et bouteille d'eau et on entre dans son bureau. Ses poumons sont beaux, mais il a une hypertrophie des végétaux. Traduction : va falloir lui enlever les amygdales. Il va communiquer avec un spécialiste et on devra attendre qu'il nous appelle... après les Fêtes. Il me donne une prescription et on ressort du bureau.

On retourne dans la salle d'attente, on s'habille et j'enfonce ma main dans la poche de mon jeans. Ouf, mon billet est encore là. On se dirige vers le bidule de paiement, j'insère mon billet : 4,75$. Je donne 20 $, prends le change, presse sur un bouton pour avoir mon reçu et le mets dans une poche de mon manteau. On va dans l'entrée et Will me dit qu'il faut se relaver les mains. Je lis le panneau : Veuillez vous laver les mains en arrivant et en quittant. Pour avoir l'air d'une bonne mère, j'obéis. Puis, on sort dans le stationnement, on va vers l'auto au pas de course (il doit bien faire - 30 dehors, vive le Québec !) et on s'y engouffre.

Je démarre, retourne vers la barrière et sors le billet que j'ai dans ma poche. Je l'insère. La barrière ne s'ouvre pas. Quoi ?! Mais qu'est-ce qu' il se passe !  Je le réinsère. Même chose. Évidemment, c'est à ce moment-là qu'une auto arrive derrière moi. Pour avoir la paix, je fais demi-tour et vais me stationner dans un coin.

- C'est le stationnement des médecins, fait remarquer Will.
- Je m'en fous.

C'est alors que je réalise que c'est mon reçu que j'avais tenté de faire entrer dans la fente de la machine à barrière.

- Mais où est-ce que j'ai mis mon maudit ticket ? Bon, je vais aller voir en-dedans. Bouge pas, je reviens tout de suite. 

J'entre à nouveau dans l'hôpital en évitant de regarder les gens (j'ai pas envie qu'ils me reconnaissent et qu'ils se demandent pourquoi je suis revenue) et me dirige vers la première employée que je vois, lunettes embuées.

- J'ai pas mon ticket pour sortir du stationnement. Qu'est-ce que je fais ?
- Allez voir l'agent de sécurité, qu'elle me répond avec un air bête.

Je fonce vers l'agent et lui explique ma situation. Il se retourne, prend un objet sur le bord de son bureau et me le tend. Un billet. Le mien.

- Oh, merci ! 

Un peu plus et je l'embrasse !

Je me rue vers la sortie, cours dans le stationnement (pourvu que l'auto ne se soit pas fait remorquer avec Will dedans ou qu'il ait décidé d'en sortir ou qu'un véhicule l'ait percuté!) et pousse un soupir de soulagement en voyant que mon auto est toujours là, intacte, et Will avec.

- Yeah ! Je l'ai ! que je crie d'un ton victorieux en embarquant et en brandissant le précieux objet devant Will. Il me regarde d'un drôle d'air, je démarre et me dirige vers la barrière.

J'insère mon ticket dans la fente et... bonheur des bonheur ! Elle s'ouvre !

dimanche 18 décembre 2016

Mon fils, Asperger de haut niveau ?

Mon fils a toujours été spécial, c'est certain. Mais de là à recevoir l'étiquette
« Asperger de haut niveau », il y a un monde.

C'est pourtant ce que la psychologue de son école pense.

Comme j'éprouvais des difficultés avec Will à la maison, j'avais décidé d'aller consulter. Après plusieurs mois, la psychologue scolaire me contacte enfin. Elle me dit qu'elle l'observera au cours des prochaines semaines. Puis, elle m'envoie un questionnaire de plusieurs pages que je dois remplir. Ce que je fais.

Quelques jours après l'avoir reçu, elle me donne rendez-vous pour en discuter. Je me rends à cette rencontre, anxieuse et curieuse à la fois.

Elle me demande de décrire les difficultés que je vis avec Will et me fait part de ses observations. Elle trouve que Will ne regarde pas assez les autres enfants. Qu'il ne manifeste pas d'émotions. Qu'il est toujours d'humeur égale. Que pendant que camarades s'excitent, lui, il ne réagit pas. Ne va pas vers eux. Ne leur parle pas.

Ensuite, elle me communique ses résultats aux tests d'aptitudes. Il est dans la moyenne pour tout, à part pour l'aspect verbal, où il est dans la moyenne supérieure. Elle trouve son raisonnement spécial, surtout en mathématiques. Sa motricité fine est plutôt mauvaise, ce qui est surprenant, vu ses capacités mentales élevées.

Je lui dis que Will peut regarder ou entendre quelque chose une fois et il l'enregistre pour toujours. Pas besoin de le lui répéter. C'est comme s'il prenait une photo dans sa tête. Qu'il savait jouer aux échecs à 4 ans. Qu'il s'attarde à des détails qui, pour moi, sont sans importance. Qu'il n'a qu'un intérêt : les jeux vidéo.

Et là, elle m'assène son verdict : mon fils serait Asperger de haut niveau. Mais pour en être sûr, il faudrait le faire évaluer en pédo-psychiatrie. Dans ce département, ils offrent aussi des ateliers d'habiletés sociales, qui seraient, selon elle, profitables à Will. Elle me demande mon consentement. J'accepte. Je ferais n'importe quoi pour lui.

Je lui demande d'où ça vient. Le Syndrome d'Asperger, je veux dire. Elle dit que ça proviendrait de plusieurs facteurs, dont l'hérédité et une bactérie dans les intestins. Les chercheurs ne le savent pas trop encore.

Mais je ressors de là ébranlée, sonnée. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Je ne m'attendais pas à ça. Et j'ai des doutes. Oui, Will est intelligent. Oui, il a du mal à gérer sa colère. Oui, ses intérêts sont restreints. Oui, il a des difficultés sociales. Mais ça vient peut-être de moi, tout ça. Parce que je lui ai parlé et raconté des histoires tôt. Parce que je suis souvent devant l'ordi. Parce que je suis sauvage et solitaire. Parce que je peux faire de grosses crises de colère. Parce que je m'ennuie facilement.

Oui, ça doit venir de moi. Surtout quand on sait que les attentionnels peuvent aussi avoir le syndrome d'Asperger...

samedi 17 décembre 2016

L'art de s'attirer les foudres



Comme je dis et fais des choses qu'il ne faut pas, il m'arrive souvent de m'attirer les foudres des gens. Ça me fait penser à la semaine dernière, lorsque je suis allée à la clinique médicale pour consulter un énième médecin pour mon fils qui n'arrête pas de tousser (ils disent qu'il n'a rien mais ça ne fait qu'empirer. Ils ont tu pris leur diplôme dans une boîte de céréales, cou donc ?! Bon, je m'égare...)

Donc, je vais à la clinique médicale pour la troisième fois en un mois... Comme je sais que l'attente est longue, je décide d'amener le Nintendo DS pour occuper Will. Après être allé à la réception, on va s'assoir dans la salle d'attente, qui est déjà bondée. Il est 8h45 (la clinique est supposée ouvrir à 8h30 mais ça l'air qu'ils ouvrent les portes à partir de 8h10...) Autour de nous, une mère et sa fille étendue de travers sur la chaise, des personnes âgées qui potinent et une mère qui essaie de contenir sa petite fille agitée qui coure dans la clinique et qui entre en coup de vent dans les bureaux des médecins... Quelques minutes après notre arrivée, je sors le DS et le tend à Will, qui le saisit aussitôt. Il l'ouvre et se met à jouer à Mario Bros (mais ne me demandez pas lequel...)

Quand il perd une partie, Will me tend l'objet, et je joue à mon tour (j'aime bien les jeux vidéo...) Après je ne sais combien de temps, Will décide d'ouvrir la caméra et de nous filmer. Je me prête au jeu, faisant des grimaces et des sourires.

C'est à ce moment-là que la petite fille agitée surgit devant nous. Elle prend les quelques chaises vides qui se sont libérées à la suite du départ de certains patients et les déplace un peu partout dans la salle d'attente... Sa mère est assise à côté et la laisse faire. Will trouve ça drôle et décide de la filmer. Il me la montre et éclate de rire. Je regarde l'écran et je souris. La petite fille entre dans le bureau d'un médecin, qui est situé juste en face de nous, et Will la suit avec sa caméra. Je lève les yeux et croise le regard de sa mère.

- Arrêtez de filmer, m'ordonne-t-elle. C'est un manque de savoir-vivre.

Will arrête sa caméra et je ne dis rien. À l'intérieur de moi, je fulmine : « Mais pour qui elle se prend, celle-là ?! C'est juste un enfant qui voulait passer le temps ! » Elle et moi, on se dévisage pendant plusieurs secondes, des éclairs dans les yeux.

- Non mais ça se peut tu, filmer les gens comme ça ! Il y en a qui ont vraiment pas d'allure !
- Ouin pis y'en a qui laissent leur enfant faire n'importe quoi ! que je renchéris. Aie ! Entrer dans les bureaux des médecins pis mettre toute la clinique à l'envers !
- Y en a qui sont vraiment malades ici ! Qui ne sont pas là pour s'amuser !

Je me dis en dedans de moi : « Qu'est-ce que vous pensez que votre fille faisait tantôt ? » Mais je ne dis rien parce que tous les regards sont braqués sur moi et que je n'ai pas envie qu'ils en rajoutent.

La petite fille se fait appeler par le médecin et sa mère et elle entrent dans son bureau. Lorsqu'ils en sortent, la mère se plante devant moi :

- J'aimerais que vous effaciez la vidéo. Ça ne se fait pas, filmer les gens. C'est un manque de savoir-vivre.
- Inquiétez-vous pas, que je lui rétorque. On n'a pas l'intention de mettre ça sur Facebook.

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Ça me fait penser à cette autre fois où j'étais allée au McDo avec Will. On avait fini de manger et il jouait dans les jeux. Anxieuse que je suis, j'étais montée dans le module pour voir comment ça se passait. Will était à l'intérieur d'un tuyau avec un petit garçon.

Sa maman arrive :

- Viens, on s'en va ! qu'elle lui dit.

Will bloque le passage du petit garçon.

- Sors de là, Will ! que je dis à mon fils.

Mais il ne bouge pas. Il se contente de me fixer en souriant.

- Allez, Will ! Le petit garçon veut sortir : laisse-le passer !

Il ne réagit toujours pas.

- Laisse-le passer ! dit la maman à mon fils. Il doit s'en aller.

Mais Will n'obéit pas.

Je fais un sourire moqueur à la mère. C'est ma façon d'évacuer mon malaise.

- Ça peut tu, être paresseux de même ! qu'elle lance.
- Vous êtes pas gênée de parler de mon fils comme ça !
- Je ne parlais pas du fils!

Elle entre alors dans le tunnel et tire son garçon par le bras.

Quand je repense à ces événements, je réalise que oui, j'aurais dû agir autrement. Mais ça l'air que j'ai l'art de m'attirer les foudres...


Avoir l'air d'une extraterrestre



Il m'arrive souvent d'être distraite au point d'avoir l'air d'une extraterrestre. Prenez l'autre jour, par exemple.

Comme à presque tous les matins où je suis pressée, ce matin-là, je cherche une mitaine (quand ce n'est pas ma tuque, mon foulard, mon sac à main, mes clés... bref, vous voyez le portrait). Farfouille ici, farfouille là, je sens la panique me gagner au fur et à mesure que le temps file et que je n'arrive pas à mettre la main sur le fameux objet. Je regarde entre deux barreaux d'escalier (où j'ai pris l'habitude de mettre mes choses), sur la tablette et le plancher de la garde-robe, dans les manches de mon manteau, sur le piano, les comptoirs, les tables et les fauteuils... rien. Pas de mitaine. En plus, je suis frileuse et il fait un froid sibérien. Ahhhhhhhh ! Tant pis, plus le temps de chercher, je sors dehors.

Je débarre les portes de l'auto, la fais démarrer, enlève la neige qui s'est accumulée dessus et démarre (peut-être pas dans cet ordre-là mais ça, c'est une autre histoire). Je vais porter Will à l'école et je me dirige vers mon resto préféré, où je prends un café en lisant le journal. C'est ma petite routine quotidienne et j'y tiens mordicus (je dois être Asperger sur les bords. D'ailleurs, les attentionnels peuvent aussi avoir le syndrome d'Asperger et les Asperger, le déficit de l'attention... Tiens, ça me fait penser... mais je m'égare. J'en parlerai dans un autre message)

En sortant de l'auto, je remarque que ma tête a une drôle de forme. Conique. Comme celle d'un extraterrestre. « Wow ! Qu'esssé ça ? » que je me demande. Je tâte le bout de ma tuque mais je n'y trouve rien d'anormal. Tant pis. J'entre dans le resto arrangée de même.

Je me dirige vers ma table habituelle, celle qui est séparée des autres par un panneau en verre (j'aime bien être au calme et à l'écart. Je l'avoue, je suis un peu sauvage). J'enlève une mitaine. Puis mon manteau. Et enfin, ma tuque. Quelque chose en tombe: mon autre mitaine ! Elle était restée coincée dans le fond depuis le matin, d'où ma tête en forme de cône !

Mais attendez : ce n'est pas fini.

Plus tard, cette journée-là, mon portable dans une main, je vais prendre un café au McDo. Je le commande, on me le donne et je cherche des yeux une table où m'assoir. J'en trouve une qui longe un mur dans un coin, au fond. Parfait, celle-là, c'est la mienne ! Je m'y dirige rapidement pour ne pas qu'on me la vole (je le sais, c'est puéril, mais bon), je m'assois.

Soudain, je sens quelque chose de dur sous mes fesses, dans mon pantalon. J'entre une main dedans et tâte. « Mais... ça ressemble à... un rouge à lèvres ! Qu'est-ce qu'un rouge à lèvres fait dans mon pantalon ?! » Je regarde autour de moi, pour vérifier que personne ne me regarde, et j'essaie de l'en extirper. Un homme assis devant moi m'observe d'une drôle de manière. J'arrête mon mouvement et attends qu'il regarde ailleurs. Le moment venu, je me dépêche de le sortir de là.

Je ne sais pas s'il y a des gens qui se sont rendu compte de toute l'affaire mais si oui, ils ont dû trouver que j'avais l'air d'une extraterrestre. Et avec raison. La preuve, le matin même, j'avais une tête en forme de cône !

samedi 20 février 2016

Tourner en rond chez l'orienteure


Pour une énième fois, je suis allée consulter une orienteure pour changer de domaine de travail. Il fallait bien : j'ai un enfant à faire vivre et rien n'a fonctionné. Je m'étais dit que cette fois, ce serait différent. Eh bien je m'étais trompée.

Comme je m'y attendais, elle m'a fait passer le fameux test RIASEC que j'ai fait un nombre incalculable de fois. Et comme à toutes les fois, il a donné la même chose, à la différence près que cette fois-ci, les lettres étaient inversées. Au lieu d'être AIZ (Artistique Investigateur Z Idéaliste), j'étais AZI. Grosse différence.

Et comme je m'y attendais aussi, l'ordinateur a généré un nombre impressionnant de métiers et  professions liés à mon profil : de caricaturiste à enseignant au primaire en passant par décorateur d'intérieur. Évidemment, rien là-dedans ne me branchait.

J'avais juste envie de lui demander : « Pourquoi me faîtes-vous encore passer ce maudit test ? À l'évidence, il ne vaut pas grand-chose puisque je suis encore chez l'orienteur ! » Mais bon, ça ne me tentait pas de me faire mettre à la porte : c'était mon dernier espoir.

Elle m'a dit :


- Tu vois, tu es une artiste.
- Merci, j'avais remarqué... mais c'est pas ça qui va mettre du beurre sur mon pain.
- Tu pourrais donner ton nom dans les journaux ?
- Ils sont tous en train de fermer...
- On aura toujours besoin de journalistes.
- Alors pourquoi perdent-ils leur emploi ?
- T'aimerais pas ça travailler dans une librairie ?
- Tu me vois encaisser les plaintes des clients ? Je les sortirais avec un gros coup de pied dans le cul, oui !
- Ou offrir tes services dans les commissions scolaires ?
- Pour travailler avec les enfants ? J'ai assez de misère à ne pas étriper le mien...
- Ou faire de l'infographie ?
- Un plan pour que je transforme une oeuvre en un torchon.
- Alors c'est quoi ton truc ?
- Je sais pas...
- Tu sais quoi ? J'ai l'impression que tu te sous-estimes.
- Ah ben oui, ça se peut, hein ? Quand on perd toutes ses jobs, il y a de quoi se sous-estimer... 
- Comme tu ne veux pas travailler avec les chiffres et les gens, tu pourrais travailler dans une ferme, un entrepôt, une usine, comme signaleure routière ou comme chauffeure de chariot élévateur ?
- J'ai tu une tête de chauffeure de chariot élévateur ?

Je commençais vraiment à perdre patience. Et mon temps. Et à réaliser que ce que je voulais vraiment faire, dans la vie, n'était pas offert dans les journaux et les sites d'emploi et n'était pas gage de sécurité ni de revenus. Mais de bonheur. Le bonheur de jouer avec les mots.


Ce que je fais déjà :)


lundi 19 mai 2014

Des chasseurs dans un monde de cueilleurs



Il y a quelques années de ça, je cherchais de l'information sur le TDAH et je suis tombée sur Thom Hartmann, l'inventeur de la théorie du chasseur-cueilleur. Il disait que les attentionnels portaient en eux le gène du chasseur, le DRD4, caractérisé par la recherche de nouveauté et de sensations fortes, la prise de risques et la distraction. Il y a environ 10 000 ans, avant que les cueilleurs ne les supplantent, les chasseurs étaient très répandus et ces caractéristiques les servaient bien. En effet, ils devaient être constamment à l'affût pour trouver leur proie, être impulsifs pour décider de chasser une nouvelle bête, et être prêts à changer d'environnement en cas de disette.

Mais de nos jours, les chasseurs et leurs héritiers seraient en minorité dans notre société, d'où leurs difficultés. Celle-ci serait faite pour un monde de cueilleurs, où chacun doit faire sa tâche toujours de la même manière et toujours au même rythme, jour après jour, avec vitesse et efficacité. Où chacun doit suivre une logique et un ordre, des règles et des directives selon des conventions préétablies. Et gare à ceux qui en dérogent ! À ceux-là, on leur prédit un vilain avenir où ne les attendent qu'échecs et déceptions. On les rejette, ignore, met de côté, rit d'eux, parle dans leur dos, pointe du doigt. C'est la victime d'intimidation à l'école. C'est l'itinérant dans la rue. C'est l'assisté social, l'alcoolique, le drogué, le violent, le prisonnier dans notre société!

Mais selon Thom Hartmann, le chasseur d'aujourd'hui, c'est plutôt le chercheur ou le scientifique qui trouve le remède à une maladie, c'est l'informaticien qui met au point un nouveau logiciel ou l'explorateur qui trouve un nouveau pays ou un nouveau continent. C'est l'entrepreneur qui offre un produit ou un service complètement novateur, c'est l'artiste qui crée une oeuvre sublime et magistrale, bref, c'est celui qui sort du cadre, des sentiers battus, qui emprunte le chemin le moins fréquenté.

J'ai lu cette info et je ne m'en suis plus préoccupée.

 Jusqu'à hier, où elle a refait surface.

 Et là, j'ai eu une épiphanie.

 Je me suis dit : « Mais mon Dieu ! C'est moi, ça ! Je suis une chasseuse dans un monde de cueilleurs! Je suis toujours prête à partir, je regarde toujours autour de moi en quête d'opportunités, je vibre à l'adrénaline, je réagis rapidement et j'ai toujours plein d'idées ! »

Je me suis alors demandée : « La job que je fais, est-ce du type cueilleur ou du type chasseur ? » Les doutes m'ont assaillie et j'ai constaté que j'ai occupé plusieurs emplois de type cueilleur... que je n'ai pas gardés.

J'ai analysé ma vie personnelle et j'ai réalisé que certains de mes passe-temps et fréquentations avaient été, eux aussi, du type cueilleur. Oui, vous savez, ces êtres et ces choses qui demandent temps et patience, qui ont un rythme lent et quasi immobile, qui demandent réflexion et rigueur ? Pas étonnant que j'aie été si déprimée et ennuyée!

J'ai aussi constaté que les moments où je me suis sentie le plus vivante ont été ceux où j'ai été impulsive et pris des risques, où je suis partie à l'aventure et me suis lancée dans la passion !

Oui, je suis définitivement une chasseuse dans un monde de cueilleurs, comme tous les attentionnels, d'ailleurs, et il n'en tient qu'à nous d'en tenir compte si nous voulons réussir et être heureux, peu importe ce que les autres en disent !

samedi 3 mai 2014

La métacognition : un puissant outil pour les attentionnels !



Il y a quelques mois (si ce n'est quelques années), je pensais à ce que je pourrais faire pour gagner ma vie. Mais, ayant une différence de l'attention, les pensées affluaient et se mêlaient dans ma tête, sans lien les unes avec les autres et c'était devenu le foutoir, le capharnaüm, l'anarchie.

Puis, un soir, je me suis installée devant l'ordinateur pour écouter l'une de mes émissions préférées : Attention Talk Radio. Le thème de l'épisode était le pouvoir de la pause.

http://www.blogtalkradio.com/attentiontalkradio/2014/05/01/adhd-the-power-of-the-pause

L'invité, David Giwerc, fondateur et président de l'ADD Coach Academy, parlait de la métacognition et de l'importance de s'arrêter pour prêter attention à ce que l'on pense et à ce que l'on sent, à ce que l'on fait et à ce que l'on dit, dans le but de mieux vivre sa vie. Il suggérait de tenir un journal de ses succès quotidiens et insistait sur le respect de soi.

Plus tard, je suis allée voir la définition dans le dictionnaire : connaissances d'un individu sur ses capacités et ses fonctionnements cognitifs.

Autrement dit, c'est l'art de s'observer, ce qui est très difficile pour moi. J'agis et après, je pense. Je vais trop vite, je n'ai pas de freins.

Mais la métacognition implique justement de s'arrêter pour pouvoir s'observer.

Alors c'est ce que j'ai fait : je me suis observée.

Et là, j'ai fait une découverte stupéfiante ! Je me trompais sur mes forces. Moi qui m'étais toujours considérée comme une bonne lectrice, je ne l'étais pas. Je lis plus lentement que la moyenne et je ne me souviens même pas de ce que je viens de lire!

Je pensais être douée pour les langues : pas vraiment. Je m'exprime mal, j'écoute mal et je ne suis pas très bonne dans les jeux de mots. Lorsque j'écris un texte d'information, je fais souvent des fautes d'inattention et j'exprime mal ma pensée.

Même chose avec les gens : je n'ai aucune habileté sociale. Je m'emporte, j'ai la mèche courte, je parle fort, j'interromps, je n'ai pas de patience, je ne me contrôle pas et je ne sais pas me présenter !

Je ne suis pas bonne avec mes mains non plus : j'ai les doigts plein de pouces et je m'accroche souvent !

Par contre, j'ai réalisé que je pouvais assembler des objets très rapidement, que j'avais de très bons réflexes et que j'avais un sens visuel et esthétique très fort. Lorsque je dois assembler quelque chose, je ne lis pas le texte : je regarde les images ou je manipule !

J'ai le sens du rythme, de la mélodie et je chante fort et juste.

Je suis intuitive, j'ai de bonnes idées et j'ai une bonne vision globale d'un problème ou d'une situation. J'apprends par moi-même et dans la passion, en mettant sur pied des projets qui me font vibrer.

De plus, je suis une chercheuse et une exploratrice, davantage qu'une exécutante. Je suis de type « chasseur» plutôt que de type « cueilleur », comme l'a si bien dit Tom Hartman dans sa thèse du chasseur-cueilleur.

http://www.thomhartmann.com/articles/2007/11/thom-hartmanns-hunter-and-farmer-approach-addadhd

Je chasse dans le sens métaphorique du terme : dans le but de trouver des réponses à mes questions, des solutions à des problèmes ou pour faire avancer l'humanité.

Bref, la métacognition a permis de mieux me connaître !








samedi 29 mars 2014

Le jour où je suis allée voir Divergence


Il y a 2 semaines, en manque de ma dose cinéma, je vais voir Divergence, sans attente particulière.

Bien calée avec mes chips, mes closettes et mon café, j'attends.

Et là, dès les premières secondes, je me fais happer. Par les plans photographiques, par la musique sublime, par la voix hors champ et... par Béatrice, à laquelle je m'identifie tout de suite : une ado ordinaire et timide qui cherche sa place sans la trouver. Et pour cause. Son test d'aptitudes, qui permet d'identifier sa caste, est non concluant. C'est une divergente. Une incontrôlable et une menace pour la société et dont les Érudits, qui cherchent à prendre le pouvoir, veulent se débarrasser.

Personne ne doit donc le savoir. Ses résultats sont trafiqués et on la classe Altruiste.

Mais comme elle a le choix de sa caste, elle choisit les Audacieux, qu'elle a toujours admirés.

Pour le meilleur et pour le pire.

Parce qu'en dépit de son choix, sa vraie nature refait surface, rendant son intégration difficile. Mais déterminée, persévérante et ingénieuse, elle finit par s'y tailler une place, à tel point que ses dirigeants s'en méfient et tenteront de l'éliminer.

Mais 4, l'un des chefs de la faction et ancien Altruiste, impressionné par elle, lui viendra en aide et ensemble, ils empêcheront les Érudits de renverser le pouvoir, changeant la destinée de la société.

Dès le début du film, des larmes coulent sur mes joues. Des larmes de colère et de douleur, mais aussi, de joie et d'espoir. De colère contre le rejet dont j'ai été victime, de douleur pour être celle que je suis, de joie de voir que j'ai des qualités et d'espoir pour constater que ma différence peut être un plus. Comme Béatrice. Et plus le film progresse et plus ma vraie nature m'est révélée. Et plus je l'aime. Mais je l'avais toujours reniée, encouragée par une société qui dénigre la différence.

Désormais, je ne me vois plus de la même façon. Certes, j'ai eu, et j'aurai encore, du mal à affronter la société, mais je pourrai aussi, grâce à ma différence, la faire avancer, à ma manière. À la manière d'une divergente.


mardi 18 mars 2014

Ritalin, Strattera, Concerta, blablabla...





4e médicament que je prends pour mon déficit de l'attention. Après avoir essayé le Ritalin, le Wellbutrin, le Strattera, me voici avec... Tadam ! Le Concerta !

J'ose, j'espère, je souhaite, je me croise les doigts pour que celui-ci fonctionne mais à bien y penser... je n'y crois plus vraiment. Avec chaque molécule, il y a toujours quelque chose qui cloche : pas assez de concentration ou de sommeil, trop agitée, assommée ou impulsive-obsessive-compulsive... C'est décourageant à la fin !

Mettent-ils vraiment quelque chose là-dedans ?!!! C'est à se poser la question... Avec le Ritalin, je me sentais plus agitée, mais je n'étais pas plus concentrée en lisant. Même chose pour le Wellbutrin. Le Strattera? J'en parle même pas ! En plus de ne pas agir sur ma concentration, il m'empêchait de dormir et me faisait sentir un zombie!

Des fois, je me demande si c'est pas l'effet placebo : juste à penser que je prends une pilule, ça fait effet.
Au début, ça l'air d'agir, mais c'est drôle : au bout de quelques jours ou de quelques semaines, paf ! l'effet s'en va.

Il y a une chose, par contre, qu'ils ont en commun : ils me calment. Je fais moins de crises de nerf. Et ça me fait un bien fou, surtout avec mon fils !

Pour ce qui est du Concerta, il me semble agir sur ma concentration. Je dis bien : il me SEMBLE. Car ça ne fait que 2 semaines que je le prends. Mais encore, j'arrive en retard. Encore, je me lève trop tard. Et je suis plus agitée que jamais ! Une vraie queue de vaux ! Mais quand mon fils me parle, je suis là. Je veux dire : vraiment là. Et quand j'ouvre un livre ou le journal, je me souviens de ce que je viens de lire. Et mon moral semble meilleur.

Mais bon... Pour la vraie conclusion... on repassera.


samedi 25 janvier 2014

Analyser son passé pour mieux rebondir

Je l'avoue : j'étais devenue pessimiste. J'avais du mal à faire confiance à l'avenir. Lorsque, comme moi, on a essuyé des échecs plus souvent qu'à son tour, on devient craintif. Je n'osais plus rien, ne risquais plus rien, ne voulais plus prendre de décision. J'en étais certaine : l'échec me pendait au bout du nez.

Mais à bien y regarder, ce n'est pas vrai. J'ai eu mes bons coups, moi aussi. J'ai vécu mes réussites, moi aussi. Je ne suis pas un complet échec.

Alors que faire pour éviter que ça ne se reproduise ? Analyser mon passé pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Et même là, l'échec me guette parce qu'essayer implique d'échouer. Mais si on n'essaie pas, on ne réussit pas. On garde le statut quo. Et ça, ce n'est pas dans la nature d'un attentionnel. Il n'y a rien de pire pour nous que de ne rien faire, de ne pas bouger, de ne rien tenter, même si tout nous pousse à le faire.

Par nature, on a besoin de bouger, de risquer, d'oser.

Mais pas n'importe comment.

On a besoin de s'arrêter et de réfléchir à ce que l'on va faire, même si c'est dur.




C'est ce que j'ai décidé de faire pour une fois. J'ai mis ma vie sur pause. J'ai analysé mon passé, avec ses bons coups et ses moins bons. J'ai essayé de cerner mes talents et mes forces, mes défauts et mes faiblesses. J'ai tout mis ça dans un tableau. Et j'en suis venue à la conclusion suivante :

Je dois faire quelque chose de créatif, que je peux faire à mon rythme, à ma façon et qui me passionne. Je suis meilleure dans mes propres projets que dans ceux des autres. Je suis très intuitive et j'apprends mieux par moi-même, en autodidacte, sans m'en rendre compte.

Il y a environ 1 an, je suis tombée sur mon bulletin de maternelle en fouillant dans de vieilles boîtes. Ma prof avait écrit : « A de bonnes idées, est très curieuse, très chercheuse, surtout pour la dramatisation. » Ça m'a jetée par terre.  « J'avais ce talent, moi ??? » Et là, je me suis mise à réfléchir à ma vie, à ce que j'aimais faire comme jeux ou dans mes temps libres : écrire, lire, aller au cinéma, écouter de la musique, inventer des histoires. Leur point commun : les mots. Et toujours, la création. De mondes, de personnages, d'intrigues, d'états d'âmes.

Depuis un bon bout de temps, la création littéraire me hante. Les idées de sujets affluent de façon exponentielle. Je regarde plein de films et lis plein de romans. J'aimerais être plongée dans cet imaginaire à coeur de jour.

Donc, j'ai décidé de me lancer là-dedans.

Non, ce ne sera pas facile. Non, ce n'est pas conventionnel. Oui, je vais me heurter au jugement des gens. Mais il ne faut pas oublier une chose : mon cerveau fonctionne différemment. Alors je dois faire les choses différemment.

Ça se peut que j'échoue, comme ça se peut que je réussisse. Et si j'échoue, je ferai autre chose, car j'aurai appris du passé.

samedi 18 janvier 2014

Pour le bien de mon fils

J'ai dû, quoi... arrêter le Strattera pendant 1 mois, 1 mois 1/2 ? Et pendant cette période, je me suis sentie renaître à la vie, pousser des ailes, vibrer, exaltée, passionnée... et perdre le contrôle de moi-même. Lorsque je me suis vue en train de serrer mon fils par les épaules tout en lui hurlant dessus, je me suis dit : « Bon, là, ça va faire ! Je reprends mes médicaments! ».

Mais ça n'a pas été de gaieté de coeur. Car malgré tous ses bons côtés, le Strattera me fait perdre ma joie de vivre, ma vitalité, mes élans, ma spontanéité, bref, tout ce que j'aime de mon TDAH.

Mais force m'a été de constater que pour le bien de mon fils, je n'ai pas le choix : je dois être médicamentée. Parce que sinon, je ne réponds plus de ma personne. Parce que sinon, je ne suis plus capable de me contrôler et la moindre vétille devient une montagne, la moindre frustration devient une explosion de colère. Mille et une idées m'accaparent : de l'envie de tout foutre en l'air à ce que je veux faire dans la vie et elles détruisent ma routine et les objectifs que je m'étais fixés. Je crie, je hurle, je fais des menaces, lance des objets sur les murs, claque les portes... Je suis l'enfer.

« Est-ce ce genre de mère que je veux être pour mon fils ? », me suis-je demandé.    « Est-ce ce genre de modèle que je veux lui donner ? ». « Et qu'arriverait-il si ma main partait ? Si je lui disais des choses tellement méchantes que ça bousillerait son estime de lui, que ça le déprimerait et lui donnerait envie d'en finir ? S'il devenait comme moi ? ». Ça n'aurait pas de bon sens et j'aurais l'impression d'avoir raté mon rôle de mère
(comme si je n'avais pas raté assez de choses comme ça dans ma vie !).

Alors j'ai repris du Strattera. 80 mg. La dose maximale.

Et depuis, je suis plus calme, plus maître de moi-même, plus disciplinée, plus focus dans mes actions. Mais plus zombie aussi... mais bon, on ne peut pas tout avoir !

samedi 30 novembre 2013

Repérer les gens qui ont le TDAH : un nouveau passe-temps !

Depuis environ 1 an, j'ai développé un nouveau passe-temps : j'observe les gens pour déceler chez eux un possible TDAH.

Je fixe leurs mouvements, en particulier ceux des maints et pieds, leur regard, leurs allées et venues. J'écoute leur voix, leur débit et leur intonation. Je les regarde s'agiter ou non, changer de sujet ou non, parler trop rapidement ou non, questionner, s'animer, se passionner, pleurer, s'esclaffer, se taper sur les cuisses, faire le bout-en-train.... ou non. Manquer des détails, oublier, gaffer, s'emporter... ou non.

Bien sûr, tout le monde agit ainsi au moins 1 fois dans sa vie ou de temps à autre. Ces agissements en eux-mêmes ne veulent rien dire, pris isolément. Ce sont des comportements typiquement humains. Il arrive à n'importe qui d'être agité, distrait, colérique, de faire des erreurs, d'avoir l'air ridicule, enfermé dans sa bulle, les nerfs à vif.

Mais là où se creuse la différence, c'est dans l'intensité et la fréquence de ces comportements, d'où la difficulté, pour moi, de distinguer les gens « normaux » des attentionnels. Je ne les vois pas agir à tous les jours et je n'entre-aperçois qu'une esquisse, qu'une parcelle, qu'un morceau de leur être à un certain moment de leur vie.

Mais si je les observe assez longtemps, disons, durant 1 heure, lors d'une prestation, d'une entrevue ou d'une participation quelconque à la télé, je peux oser me prononcer. Je ne serai jamais certaine à 100% de ce que j'avance, mais j'ai des chances de ne pas me tromper.

En plus des médias, les lieux publics n'échappent pas à mon analyse. Restos, commerces, routes et centres de formation et de divertissement sont des cibles parfaites.

À ces endroits, mine de rien, j'épie les tambourinements, les mouvements rapides, les gestes d'impatience et les voix un peu trop fortes qui en disent un peu trop. Je scrute les regards fixes, perdus, rêveurs, les questions à des réponses déjà données, les chahuts, les pas de course, les paroles blessantes et les gestes gauches. Je note les habillements singuliers, les paires dépareillées, les cheveux en bataille, les chemises à moitié sorties, les lacets défaits, les cravates mal ajustées.

Et depuis peu, je sonde les regards. Car les yeux des attentionnels me semblent différents de ceux des autres. Alors que ceux des seconds sont symétriques, ceux des premiers ont l'air plus écartés, l'un regardant légèrement plus à gauche ou à droite de l'autre, plus mobiles ou, au contraire, plus figés.

Ou peut-être est-ce une idée que je me fais à force de trop vouloir me chercher une communauté ou un sentiment d'appartenance.

La vie sans médicaments : dur, mais intense !

Il y a environ 1 semaine, j'ai délaissé les médicaments. Je les ai jetés comme de vieilles chaussettes. Non, plutôt, comme des vêtements qu'on met au rancart mais qu'on garde sous la main, au cas où.

J'avoue qu'ils ne me manquent pas.

Sans eux, je suis plus pétillante, la vie est plus belle, plus colorée. Sans eux, je me sens plus fonceuse, plus téméraire, j'ai du soleil dans le coeur. Sans eux, la vie est moins sombre, plus excitante.

Mais aussi, plus stressante et plus dure à gérer.

Oh ! Pour ce qui est de l'organisation, je ne m'en sors pas trop mal. J'écris tout partout : sur le frigidaire, dans mon calendrier, dans l'agenda de mon fils. Je laisse des notes sur le bureau, dans ma sacoche, dans le coffre à gants. Je mets les choses toujours à la même place, dans la même poche, le même sac, la même tablette, le même compartiment. J'évalue de plus en plus le temps que ça me prend pour faire les choses et je m'y prends à l'avance.

Oui, côté organisation, ça va.

Là où le bat blesse, c'est dans ma discipline, la maîtrise de moi et dans ma concentration.

J'ai bien commencé à modifier mon alimentation en mangeant plus de fruits et légumes et en remplaçant le café par le thé vert. Je m'assure de faire de l'exercice et de prendre un bol d'air frais chaque jour.

Mais j'ai cédé devant le sucre. De même que pour le café. Et parfois, je pèche et je ne vais pas prendre ma marche journalière et je me couche toujours vers les minuit et demie/ 1 heure du matin.

Bien que je me sois fixée quelques objectifs, je les perds rapidement de vue, aveuglée par tous ces artifices, ces offres alléchantes et ces propositions qui me sont faites.

De plus, j'ai toujours du mal à me concentrer lorsque je lis, mais les médicaments n'y changeaient rien de toute façon.

En ce qui concerne la gestion de mes émotions, je suis toujours une bombe à retardement. Mais j'ai développé un nouveau truc : je prends 3-4 grandes respirations lorsque la tension monte et ça me calme. Mais parfois, j'explose quand même. Et ce n'est pas beau. Surtout avec mon fils qui m'en fait voir de toutes les couleurs. Je me sens plus à fleur de peau et je suis portée à agir sans réfléchir. Quoique changer mon mode de vie m'y aide grandement !

Non, la vie n'est pas facile pour moi sans médicaments. Mais elle est plus intense. Et quoi de mieux pour quelqu'un qui carbure à l'émotion ?

mercredi 20 novembre 2013

SEE : l'antidote aux médicaments ?

Je dois l'avouer : depuis que je prends 60 mg de Strattera par jour, je fonctionne mieux. Peut-être même trop. Je fais ce que j'ai à faire, je suis plus calme, moins impulsive, j'ai moins de montagnes russes, je suis posée. En fait, j'ai l'impression d'être un robot qui ne fait que penser mais qui ne ressent plus.

J'ai perdu mon entrain, ma joie de vivre, je me sens engourdie. Au contraire, d'habitude, je suis plus émotive, plus expressive, je danse, je chante, je ris, je souris, je virevolte, je fais le bout-en-train, JE VIS, QUOI !!! Et le pire, dans tout ça, c'est que mon médecin veut augmenter ma dose à 80 mg par jour, soit le maximum. Ça va être quoi ?! Je vais être une morte vivante ?!!!

Alors j'ai décidé d'arrêter les pilules. Juste pour quelque temps. Pour voir. À la place, je vais miser sur le programme du docteur Ned Hallowell, psychiatre spécialisé en TDAH, que j'appelle SEE : Structure, Emotion, Energy. La structure, c'est le fait de se créer des limites de temps, grâce à des calendriers, des rappels, des alarmes. L'émotion, c'est ce qui nous permet de nous sentir connecté, notre sweet spot , l'espace qui relie ce qu'on aime faire à nos talents et à notre mission. Et l'énergie, c'est l'état de bien-être qui nous permet d'atteindre nos buts et nos objectifs. Pour maximiser notre énergie, on doit dormir au moins 7h de sommeil par nuit, faire de l'exercice et de la méditation chaque jour, bien se nourrir (de fruits, légumes, fibres, protéines et d'OMEGA 3 (qu'on trouve dans les huiles, les noix et le poisson) et stimuler notre cerveau.

Est-ce que ça fonctionnera ? Je l'ignore, mais une chose est sûre : je vais tout faire pour éviter cet état de robot causé par les médicaments !